Des fonds ajourés
Si les rivières ajourées se révèlent d’une grande richesse d’inspiration et d’exécution, on peut aussi avoir envie de fonds ajourés par endroits et non en bandes. Il s’agit alors de découper des fils exactement à l’endroit voulu et suivant la grandeur désirée à l’intérieur d’une pièce de tissu.
Une règle quasi générale veut que l’on choisisse alors des étoffes dont la chaîne et la trame sont de dimension égale de sorte que les fils enlevés permettent un équilibre avec les fils restants. Et aussi pour que vides et pleins forment des carrés. Il est évident que les quantités de fils à retirer dépendent non seulement des dessins que l’on veut obtenir en finalité mais aussi de l’épaisseur de l’étoffe sur laquelle on désire broder.
Lorsqu’on a besoin de réaliser des broderies à « point coupé », on marque discrètement des repères au crayon de couleur et on coupe les fils à quelques millimètres de l’intérieur du travail. Ensuite, ces fils sont isolés pour garder des bords intacts au tissu. Il faut généralement enlever le même nombre de fils dans les deux sens du tissu. D’autre part, les dessins les plus harmonieux sont ceux qui laissent subsister autant de fils que ceux qu’on a ôtés, par exemple : 4 et 4, ou 6 et 6. etc.
N’oubliez jamais de surfiler ou de festonner (de manière visible ou invisible) les bords coupés. Et ce, pour deux raisons essentielles qui sont la solidité et le fini du travail.
La grille simple
On coupe 3 fils et on en réserve 3. Cela donne un fond ajouré qui ressemble à du filet. Tous les fils isolés se surfilent alors en rangs obliques et forment des baguettes rondes. Aux croisements des fils et à chaque passage, on exécute un point oblique : vous verrez que, suivant leur direction, les baguettes présentent deux points verticaux ou horizontaux.
Bien exécutée, la grille simple peut séparer, en l’allégeant, une lourde broderie. La grille simple peut également parsemer avec fraîcheur un vêtement ou de la lingerie simplement festonnés ou brodés par ailleurs.
La grille aux faisceaux obliques
On coupe 4 fils en hauteur et 4 en largeur et on en laisse 4 d’intervalle. Après le surfilage du périmètre de coupe, on brode les jours avec un gros fil. Ce dernier est lancé en oblique et doit former un noeud à chaque passage d’un faisceau de fils. Ce noeud est simple et s’il est exécuté avec régularité, il permet d’obtenir un effet très spectaculaire avec bien peu de travail .
La grille aux points d’esprit alignés
ici, il est question de 6 fils coupés et 6 fils d’intervalle. Le résultat donne des alvéoles ovales entre les carrés rebrodés. Cet effet n’est d’ailleurs possible que grâce à une astuce : les fils sont travaillés 3 par 3 .
Le point d’esprit
Le fil est tout d’abord fixé au milieu d’un faisceau vertical de fils. L’aiguillée tourne alors une boucle qui va jusqu’à la moitié de la bride horizontale suivante. Les boucles s’opèrent de gauche à droite, le fil étant placé à droite. L’aiguille va de haut en bas sous la bride et devant le fil. La grandeur de la boucle doit correspondre à la moitié de la hauteur d’une bride. On peut procéder sur toute une longueur puis tourner le travail pour faire un deuxième rang. Mais lorsqu’on façonne des motifs en carré comme c’est le cas, par exemple, pour la grille aux points d’esprit alignés, on tourne évidemment le travail après chacun des points d’esprit.
Jouer avec les jours
C’est une manière très personnelle de créer une broderie ou d’agrémenter une pièce de lingerie ou un chemisier très habillé (voir photo à droite). Dans ces deux derniers cas, le tissu doit être particulièrement fin : linon, batiste, organdi, organza, soie fine. Chaîne et trame doivent être régulières et soignées. On n’obtient pas un joli ajourage avec des étoffes structurées.
En broderie proprement dite, la toile de lin, les canevas de coton donnent de magnifiques résultats.
La première opération est le comptage des fils. Il faut savoir exactement, avant de commencer, quel fil on désire tirer et à quel endroit précis on veut commencer.
Ce n’est qu’après que l’on tire, de a pointe d’une aiguille fine ou d’une épingle, le bord extrême du fil. Après quelques millimètres, on vérifie. Si c’est bien le fil désigné, on continue, toujours avec la pointe de l’aiguille, sur quelques centimètres. Si on travaille sur une étoffe très fine, on coupe le fil libéré et on reprend la même technique. S’il faut faire des longueurs importantes, il n’est pas recommandé de tirer le fil : cela fatiguerait ou chiffonnerait le tissu pour gagner quelques minutes. Le premier fil d’une rivière de jours est d’ailleurs le plus ardu à tirer. Pour les fils suivants, tout devient plus facile et si vous avez pris l’habitude de couper le fil à certains moments, vous vous en féliciterez.
Lorsque la largeur voulue est atteinte, faites le jour suivant. Il vaut mieux d’abord enlever tous les fils superflus avant de commencer la broderie proprement dite.
Le point d’échelle
Le travail soigné consiste à soulever toujours le même nombre de fils, autant en hauteur qu’en largeur. L’aiguille commence en bas et va de droite à gauche. En admettant que l’on ait fixé à 4 le nombre de fils verticaux, et à 2 le nombre de fils horizontaux, l’aiguille pique à la hauteur de deux fils, va vers la gauche, soulève 4 fils de jour, ressort à droite, enserre (sans trop tirer) les 4 fils pour repiquer sous 2 fils en hauteur, juste après les 4 fils. Lorsque la première bande de l’échelle est terminée, on retourne le travail pour broder la seconde bande.
La rivière serpentine
On observe la même technique que celle qui vient d’être expliquée, mais au lieu de procéder bande après bande d’échelle, l’aiguille remonte en comptant les fils en quinconce. C’est à dire que, dans ce cas précis, il faut toujours prévoir un nombre de fils pair (2 et 2, 3 et 3 ou 4 et 4). L’échelle est alors constituée d’une jolie série de zigzags.
Fausse rivière ajourée
Sans tirer les fils, sur étoffe très fine, on peut obtenir un effet ajouré, ou plus précisément « smocké,>. On commence en bas à droite et on exécute 2 points de piqûre de gauche à droite par dessus 6 fils de largeur, ensuite 2 points de piqûre sur 6 fils de hauteur et 3 de largeur inclinés vers la droite. Ensuite, on fait 2 points de piqûre horizontaux dans le haut sur 6 fils de largeur et on retourne vers le bas par 2 points en biais sur 6 fils de hauteur et 3 de largeur, toujours inclinés vers la droite. En utilisant du cordonnet de soie et en serrant bien fort les points, les jours se forment d’eux mêmes.
Rivières avec faisceaux contrariés
S’il paraît ardu de travailler de façon compliquée des rivières de jours en tissus très fins, c’est en revanche très aisé sur grosse toile. Ces jours là, au contraire, permettent énormément de fantaisies. La première suggestion concerne 2 faisceaux contrariés simplement sur 2 rangs. Après avoir effectué les 2 bandes d’échelles, on attache solidement le fil au 2e faisceau de jours qui doit croiser le 1er et on passe ainsi l’aiguillée de fil jusqu’au bout du travail en croisant chaque fois les faisceaux de jours. Cela peut déjà former un joli dessin sur une bande de jours réduite. Mais lorsqu’on la veut large, on peut refaire une longueur de croisement en contrariant les faisceaux une fois de plus. Si on veille à ne pas se tromper, l’effet peut être ravissant.
L’ajourage yougoslave
Les femmes de cette nation ont trouvé un système ingénieux pour travailler commodément des rivières d’une certaine largeur. Les motifs, assez grands, sont brodés en plusieurs parties. Cela veut dire que la division se fait en plusieurs rivières cloisonnées par d’étroites bandes de tissu. Par exemple 3 fois 9 fils à retirer avec des « pleins)) de 2 fois 3 fils. Il est conseillé de retirer d’abord le premier et le dernier des fils de chaque rivière, et de broder ensuite les bords de l’étoffe et les bords intermédiaires comme une échelle simple (donc sans retourner le tissu). Cette première partie du travail terminée, on tire les fils de la première rivière à broder. Pour l’exécution des dessins, il suffit de prévoir un exemple et de compter. On brode au très simple point de reprise, les grands trous étant obtenus par des brides coordonnées. Ce n’est qu’après l’achèvement de la première rivière qu’on passe à la seconde, puis à la troisième.
Les ajourages ukrainiens Myreschka et Prutik
Cette république soviétique est reine dans certaines formes de broderies décoratives à jours, aussi spectaculaires que faciles à réaliser. Le eMyreschka et le « Prutik » ne diffèrent entre eux qu’en ce que le premier est uniquement (et facilement) réalisé en point de reprise, tandis que le second est formé de points de reprise et de brides surjetées.
On ne coupe les fils du tissu qu’au fur et à mesure de l’avancement du travail, un rang après l’autre. On commence par le bord du haut en tirant 2 fils de tissu. L’aiguille fixe le brin à gauche, passe de droite à gauche sous 5 fils isolés, puis de bas en haut sous 2 fils de rempli. Tout le reste du travail a lieu de droite à gauche. Le dessin proprement dit se fait sur 5 fils tirés et 4 d’intervalle. En largeur, le dessin respecte toujours les premiers 5 fils du bord. C’est pourquoi il est important de ne pas se tromper en comptant au départ. Depuis la droite, on exécute des points verticaux sur la totalité du dessin. Puis, de gauche à droite, on fabrique les faisceaux du dessin au point de reprise sur 3 lignes d’épaisseur. Le retour (4e rang) est fait d’un surjet vertical entre chaque faisceau. Le dessin une fois achevé, la bordure est terminée par un ourlet à jour simple, exactement comme au début.
Le Prutik paraît plus ajouré que le précédent, pour l’unique raison que chaque faisceau isolé entre les groupes au point de reprise est traité comme une bride unique (simplement formée de 3 points de surjet autour d’une série de 5 fils).
Dans la même rubrique
- Les lettres brodées
- Des idées pour personnaliser la broderie
- Les rideaux et nappes
- Des animaux
- Les fleurs
- Paysage chinois
- Broderies bulgare et yougoslave
- Broderie suisse
- Broderie anglaise
- Des fonds ajourés

