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 Enfants en milieu marocain traditionnel

 

Les transformations dans l’être physique et psychique de votre enfant dépendent de nombreux facteurs complexes dont l’éducation occupe une place primordiale. La manière dont vous lui apprenez les choses n’est en réalité que le reflet des habitudes et du comportement social et culturel de votre entourage. Dans les pays développés les pratiques éducatives de l’enfant sont

homogènes dans leur ensemble et ne diffèrent que dans les détails. Elles correspondent aux traditions culturelles de leurs sociétés, à l’état d’avancement de la médecine et de la connaissance de l’enfant ainsi qu’aux règles éducatives qui en découlent et qui sont largement appliquées à la majorité des enfants de ces pays.

Or notre société qui se cherche est constamment sollicitée par ces aspects positifs du progrès tout en restant en même temps attachée à son passé. Elle n’a pas encore trouvé son équilibre sur les plans de certaines valeurs et de certains comportements éducatifs.

Vous êtes ainsi, papa et maman, au centre de ces contradictions. Vous êtes tiraillés entre les valeurs d’une tradition qui a fait ses preuves et celle d’une modernité à laquelle vous aspirez légitimement, qu’il convient d’encourager, mais dont vous ne savez pas toujours maîtriser les limites pour en faire une adaptation harmonieuse.

Lorsque votre enfant est encore bébé, vous constaterez qu’il a un contact affectif permanent avec vous. Vous lui donnez le sein, vous le portez parfois sur le dos, il dort dans votre chambre, les autres enfants de la famille s’intéressent à lui et puis, quand vous sortez vous le prenez souvent avec vous, prolongeant ainsi la chaleur affective de la maison. Il est sécurisé par votre présence permanente et vos manifestations d’affection à son égard.

Lorsqu’il commence à marcher il découvre à la maison un monde qui lui devient rapidement familier et surtout facile à appréhender par lui : ameublement bas à sa portée, nattes, tapis, tables basses, djellabas et caftans longs... Son univers est riche, moelleux, coloré et lui permet de s’adonner à des expériences à longueur de journée. C’est ainsi qu’il acquiert une certaine habileté de son corps et une vivacité d’esprit que vous pouvez lire dans son regard qui en font généralement un enfant très éveillé à cet âge et qui vous rendent fiers de lui.

Cette ambiance chaleureuse, riche en stimulations pour l’enfant de notre société traditionnelle dure environ jusqu’à la fin de la troisième année. Elle fait place à partir de cette époque à une attitude passive de la part de certains parents, occupés parfois par un nouveau bébé ou avec d’autres enfants plus grands.

Ces parents non avertis de la nécessité de créer un nouveau cadre d’intérêt à leur enfant négligent de lui trouver de nouvelles stimulations capables de développer son éveil et son intelligence.

Dans certaines villes la famille n’a pas la possibilité de le placer dans un "jardin d’enfants" ni dans une "école maternelle" qui pourront élargir les connaissances et participer à l’épanouissement de sa personnalité.

Tout ceci fait que dans certains milieux c’est un autre apprentissage que connait l’enfant jusqu’à son entrée à l’école : celui de la rue où il apprend des quantités de choses mauvaises et bonnes, un certain sens de la débrouillardise et une certaine fierté qui en déroule. S’il y acquiert une indépendance et une maturité précoces, il se heurte seul aux réalités et aux dangers du monde extérieur.

Cette évolution de certains enfants dans notre pays, privés de l’enseignement de l’école maternelle et du manque de cohérence chez les parents qui n’ont pas su choisir des préceptes éducatifs mariant harmonieusement la tradition et la modernité, risque de faire verser leur enfant dans les excès de la vie, au nom d’une certaine modernité incontrôlée.

Cette modernité, avec ses conséquences éducatives, n’a pas à être adoptée pour elle même, ni comme une opposition ou une condamnation de ce qui est ancien, mais comme une ouverture sur l’avenir vers le progrès. Elle gagnerait à maintenir des relations à la fois vivantes et critiques à l’égard de la tradition qu’elle intégrera au quotidien dans un remodelage général des attitudes individuelles et collectives.

C’est dans cette voie que vont s’opérer l’ouverture de notre société traditionnelle sur le monde moderne et s’engager l’éducation de nos enfants.

La société marocaine dite "en état de développement", se trouve placée dans une situation permanente d’interrogations sur elle même et de refonte de ses modes de pensée et d’existence. Des décalages importants existent entre les différents groupements qui la constituent au point qu’on peut constater dans le même foyer la cohabitation de mentalités les plus opposées, les unes appartenant au Moyen âge, les autres ouvertes vers le renouveau et le progrès. Contre le modernisme des uns se dresse le traditionnalisme des autres.

Ces influences contradictoires que chacun de nous ressent dans sa vie quotidienne ne laissent pas l’enfant indifférent. Il subit les oppositions qui en découlent, le laissant perdu, sans système de valeurs claires largement partagées par les membres de sa famille, par son entourage et par la collectivité.

L’accession à la culture, même limitée au niveau des études primaires, de la masse marocaine, n’est pas équitablement partagée. Une très forte proportion des parents est encore inculte et analphabète alors que certains de leurs enfants terminent leurs études primaires ou secondaires, voire universitaires. Ainsi dans la majorité des familles, l’enfant atteint un niveau culturel bien supérieur à celui des parents et en tire parfois une sorte de supériorité intellectuelle, d’orgueil et d’autorité.

Aux parents attachés à leurs traditions, à leurs croyances, à leurs coutumes, il arrive que l’enfant s’oppose par ses connaissances plus positives, plus scientifiques. Par réaction il risque de se lancer dans tous les excès de la vie moderne dont il ne sait pas encore distinguer le bon du mauvais.

Alors que faire ?

Le bon sens dicte une attitude de clairvoyance de votre part, une cohérence dans les valeurs que vous lui communiquez quotidiennement à propos de toute chose, une persévérance dans les idées transmises que vous pouvez clarifier en vous avant de les lui expliquer et non pas les imposer avec autorité en faisant valoir votre pouvoir de père ou de mère. Le dialogue reste la meilleure attitude de persuasion et d’épanouissement.

 

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