Le Dr Cleave et la règle des vingt ans
En 1974, un éminent physicien répondant au nom de T.L. Cleave, capitaine de la Royal Navy et directeur de recherche à l’Institut de médecine navale, a publié une étude épidémiologique intitulée The Saccharine Disease (La Maladie de la saccharine). J’ai longtemps considéré ce livre, hélas épuisé, comme le bréviaire de la santé du xxe siècle.
Cleave s’est penché sur les recensements des hôpitaux du tiers monde, en Afrique surtout. Il a été frappé de s’apercevoir que presque aucun ressortissant de ces pays n’avait ces maladies qui sont les nôtres, obésité, diabète, calculs biliaires, diverticules, cancer du côlon, ou maladies cardiaques. Les maladies communes à notre monde occidental n’étaient pas seulement moins fréquentes : elles n’existaient tout simplement pas.
Son collègue, le Dr Denis Burkitt, était arrivé aux mêmes conclusions. Selon lui, les ressortissants de ces pays étaient protégés par leur régime alimentaire à base de fibres. Pour Cleave, les régimes dénués d’hydrates de carbone traités protégeaient des maladies du e siècle. Il démontra que, vingt ans plus tard, quand les aliments de base des natifs de ces pays furent peu à peu remplacés par nos régimes occidentaux, le diabète et les maladies cardiaques firent leur apparition. Ces maux allaient se développer durant les quarante années suivantes. Ce qu’il appela la règle des vingt ans. J’ai pu vérifier qu’il avait raison.
S’il fallait encore une preuve, la voici. Cleave fait état d’études menées en Israel. Vingt ans après que les Juifs du Yémen s’y furent installés, ils ont commencé à attraper des maladies comme le diabète. Ils avaient abandonné leur régime traditionnel pour adopter un régime à l’occidentale, riche en sucres et autres hydrates de carbone traités.
D’après ses observations, Cleave conclut que le diabète et les maladies cardiaques surgissaient environ vingt ans après qu’une société se fut mise aux hydrates de carbone traités. Les Yéménites en sont les parfaites illustrations. En 1977, vingt cinq ans après qu’ils eurent immigré en Israel, leur taux de diabète et leur intolérance au glucose s’élevaient à 11,8 %. Ce qui était le cas pour les autres membres de la communauté. Cleave donna de nombreux exemples à l’appui. Notamment celui des Islandais et des insulaires des régions Pacifique.
Récemment, la règle des vingt ans de Cleave fut reprise par d’autres études. Le taux de diabète dû à une fragilité du foie est si élevé chez les Indiens Pima d’Arizona qu’il leur a fallu installer un centre de dialyse dans leur réserve. De même, en Arabie Saoudite, le diabète et les maladies cardiaques sont arrivés vingt après que les peuples de la région eurent adopté nos façons de nous nourrir. Ces maux frappent aujourd’hui 12 % des hommes et 14 % des femmes résidant en ville. Presque la moitié des citadines âgées de cinquante et un à soixante ans sont diabétiques. Les cas sont moins fréquents chez les ruraux qui ont gardé leur nourriture traditionnelle. Malgré tout, 7 % des hommes et 7,7 % des femmes n’y échappent pas. L’Arabie Saoudite qui ignorait le diabète avant 1970 connaît maintenant l’un des taux les plus élevés du monde.
La règle des vingt ans de Cleave a aussi fait ses preuves au japon, en Inde, au Mexique et dans bien d’autres pays. La connexion qu’il a établie entre hydrates de carbone traités, diabète et athérosclérose ne laisse plus planer aucun doute.
Ses découvertes prophétiques n’ont jamais été remises en cause. La valeur principale, selon moi, de cette règle des vingt ans est de nous ouvrir les yeux sur l’avenir.
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