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 Comment les douceurs tournent à l’aigre

 

Commençons par définir quelques termes. D’abord, le glucose. Ce type de sucre est le principal carburant de votre organisme qui l’utilise pour un grand nombre d’opérations. D’où vient il ? Essentiellement de ce que vous mangez. Qtf ils soient déjà des sucres (hydrates de carbone simples) ou qu’ils soient rapidement transformés en glucose (hydrates de carbone complexes ou féculents), votre corps transforme les hydrates de carbone en sucres. Il absorbe le glycérol et les acides gras des graisses que vous consommez. De même, il transforme les protéines en les ramenant à leurs unités fondamentales, les acides aminés.

Pour expliquer ce qui se passe lorsque le glucose pénètre votre flux sanguin, je dois définir ce mot que nous avons déjà beaucoup utilisé : insuline. Sans doute avez vous entendu parler de l’insuline, particulièrement à propos du diabète. C’est l’hormone que fabrique votre pancréas. Son rôle : contrôler l’emploi, la distribution et la conservation de l’énergie dans votre corps en transformant le sucre dans le sang.

L’insuline alimente votre corps en véhiculant le glucose de votre sang à vos cellules, d’où il est transporté aux mitochondries, minuscules structures à l’intérieur des cellules qui agissent comme de petits engins puissants pour brûler le glucose.

Quand vous mangez des aliments contenant des hydrates de carbone, le glucose pénètre votre sang. En réponse à l’augmentation du sucre dans le sang, la partie de votre pancréas connue sous le nom d’îlots de Langerhans déverse de l’insuline destinée à orienter tout ce sucre. L’insuline véhicule une partie du sucre vers vos cellules où il sert de combustible. Le sucre dont on n’a pas immédiatement besoin est transformé en glycogène, un féculent mis en réserve dans vos muscles et dans votre foie. Le glycogène est la bouteille de gaz de réserve de votre organisme, susceptible, en cas de besoin, de vous donner rapidement de l’énergie. Nous n’avons qu’une réserve de glycogène de deux jours, soit deux mille calories. Et là, l’insuline transforme le sucre restant dans votre sang en minuscules particules de corps gras appelés triglycérides. D’une part, elles constituent votre graisse ; d’autre part, elles annoncent les éventuelles maladies cardiaques.

Mais jusqu’ici tout va bien. L’insuline est le moyen qu’utilise votre organisme pour garder un bon taux de sucre dans votre sang, généralement entre 0,65 et 1 g par litre de sang. C’est à ce taux là que votre corps donne le meilleur rendement. Et c’est celui que des millions d’années d’évolution ont dicté à votre organisme de maintenir.

L’évolution est un processus très lent. Votre corps est tout à fait adapté à l’absorption de ces aliments qui ont prévalu pendant de longues périodes de l’histoire humaine : graisses et protéines des nourritures animales, hydrates de carbone non traités des végétaux. Les matières grasses sont pratiquement sans effet. Quant aux protéines, elles en ont très peu sur les taux de sucre et d’insuline existant dans votre sang. Les hydrates de carbone non traités venant des fruits, des légumes et de l’ensemble des céréales contiennent en réalité peu d’hydrates de carbone et libèrent lentement leur sucre dans votre sang.

Mais nos contemporains mangent très peu d’hydrates de carbone non traités. Nous consommons d’énormes quantités d’hydrates de carbone raffinés, surtout sous forme de sucre (sucre de table et sirop de céréale chargé en fructose), lait écrémé, jus de fruit, fruits secs, féculents traités (pain à la farine blanche, aliments grillés, pâtes et autres...). A quoi viennent s’ajouter des féculents comme les pommes de terre rôties et le riz blanc. Notre corps n’a jamais été habitué à un tel régime. Ce qui bouleverse la vie du sucre et de l’insuline se trouvant dans notre sang.

Pour traiter avec tout ce glucose, votre organisme se voit obligé de fournir de grosses quantités d’insuline. Si, comme la pipart des gens, vous suivez ce régime, votre sang contie ?idra trop de glucose que votre insuline se chargera de convertir rapidement en graisse. Le cercle vicieux est en route : plus vous devenez gras, moins vos cellules répondent à votre insuline.

En consommant des hydrates de carbone, vous obligez votre organisme à libérer de l’insuline. Mais vos cellules ne veulent pas la laisser entrer. Ce phénomène s’appelle l’insulinorésistance. Pour maintenir son équilibre et venir à bout de cette résistance, votre organisme va émettre encore plus d’insuline.

Comme l’insuline ne peut pas véhiculer beaucoup de glucose vers vos cellules afin qu’il y serve de combustible, il demeure dans votre sang. A la place, l’insuline transforme en graisse l’excès de sucre. Vous commencez à grossir et à vous sentir tout le temps fatigué. En partie parce que vos cellules ne reçoivent pas le carburant dont elles ont besoin. En partie parce que l’excès d’insuline place vos taux de sucre sanguin au dessous de la normale. Votre organisme n’a pas les moyens de transformer assez vite cet excès de sucre en graisse pour l’empêcher de circuler dans votre sang. Comme je vais l’expliquer au cours de ce chapitre, l’excès de sucre dans le sang fait des ravages. Votre cour, vos vaisseaux sanguins, vos reins, vos yeux et vos nerfs y sont particulièrement sensibles.

Tandis que vous poursuivez cette courbe descendante de l’insulinorésistance, vous émettez constamment de l’insuline. Ce qui évidemment n’est pas très bon pour vous. En réalité les ravages commencent à devenir sérieux. Vous faites de l’hyperinsulinisme : vos émissions
d’insuline sont trop élevées même si votre organisme résiste à leurs effets. C’est la seconde étape du diabète de type II telle que décrite au chapitre 4. A partir de là, nous atteignons les anomalies vérifiées par le test de tolérance au glucose (étape 3) et une progression probable vers le diabète de type II (étape 4).

Si vous n’êtes pas trop gros, il se peut que vous vous disiez : « Je suis sauvé. Inutile de m’inquiéter à propos de mes sucres sanguins. » Désolé de vous annoncer que vous n’êtes pas du tout sauvé. Lorsqu’on commence à vieillir, et c’est là un fait essentiel, les cellules commencent à devenir moins résistantes au glucose. Environ le quart des adultes de poids normal et apparemment en bonne santé est touché par l’insulinorésistance. Parmi les fumeurs et les sédentaires, le pourcentage est encore plus important. On dit que l’étape suivante, tolérance diminuée au glucose, touche 11 % de la population adulte en bonne santé. A mon avis, il y en a actuellement beaucoup plus. D’après mon expérience fondée entre autres sur plus de quarante cinq mille tests de résistance au glucose, les réponses anormales au glucose se produisent quatre fois plus souvent que le diabète. En conséquence, près de la moitié de la population adulte montrera vers la cinquantaine une instabilité de son sucre sanguin et au moins quelque résistance à l’insuline. Bien sûr, si vous êtes obèse, vos chances de faire de l’insulinorésistance, de l’hyperinsulinisme et éventuellement du diabète sont presque certaines.

 

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